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VM MEDIAS

ET SI L’AFRIQUE CESSAIT DE SE JUSTIFIER ? LE PLAIDOYER DE PATRICE PASSY

Et si l’Afrique n’avait plus à prouver qu’elle a eu une histoire ? Expert international en intelligence économique, Patrice Passy invite le continent à tourner la page de la justification pour se consacrer à ce qui compte désormais c’est à dire : produire ses propres idées, ses institutions et ses questions.

Tout part de la question : « Nos ancêtres étaient-ils réellement sans civilisation ? » Patrice Passy, Directeur du Cercle d’Ingénierie Stratégique du Congo (CISC), refuse d’y répondre, et il l’assume : « C’est précisément à cet endroit que commence notre désaccord. »

Dans son texte « Non à la persistance du tribunal intellectuel devant lequel vous choisissez de comparaître », il explique pourquoi à ses yeux, se justifier sans fin revient à s’incliner : « Celui qui accepte de démontrer indéfiniment qu’il existe intellectuellement laisse à celui qui l’a nié le pouvoir de déterminer les conditions de sa reconnaissance. » Un piège qu’il nomme « encerclement cognitif ».

Il ne balaie pas pour autant l’héritage. L’Égypte ancienne, Koush, Tombouctou ou le Grand Zimbabwe ont une vraie légitimité historique dit il. Mais le passé ne suffit plus : « Un peuple ne sort pas de la dépendance cognitive parce qu’il démontre que ses ancêtres furent brillants. » Ce dont l’Afrique a besoin, selon lui, c’est d’« une architecture du futur ».

Patrice Passy décrit alors ce qu’il appelle l’incarcération conceptuelle : on peut critiquer, dénoncer, démontrer, tout en restant enfermé dans des questions qu’on n’a pas choisies. Et il met en garde : « Le degré supérieur de la domination cognitive n’est pas d’empêcher un peuple de penser. C’est de parvenir à organiser durablement ce à quoi il consacre sa pensée. »

Sa piste de sortie ? Une « ingénierie des interstices historiques » : explorer les angles morts de l’histoire africaine, en tirer des principes utiles, puis les tester sur des problèmes actuels. Sans prétendre que tout existait déjà hier, et sans inventer une histoire alternative.

Il en attend des résultats concrets, une réforme éducative expérimentée, une institution plus performante, un savoir local devenu innovation vérifiée. Autrement dit, passer « de l’identité proclamée à la capacité démontrée ».

Le débat, conclut-il, doit changer de nature. Il ne s’agit plus de savoir si les ancêtres étaient civilisés, mais de se demander quelles capacités nouvelles de pensée et de création l’Afrique peut produire aujourd’hui. Car, écrit-il, « l’émancipation cognitive commence lorsque nous cessons de penser principalement contre une représentation imposée ».

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